Pardon, mais je vais être brutal
Ceci est un manifeste contre l’oubli
Il y a 400 ans au fond de la cale d’un navire sans escale
A destination de l’enfer
J’avais 19 ans, j’étais noir et sans espoir de revoir
Le fleuve de mon enfance
J’avais été capturé par des hommes de ma couleur
Puis troqué contre quelques barils de poudre, de l’alcool et des armes
Je venais de devenir un homme, alors j’ai retenu mes larmes
Quand ces hommes, blancs, ont pris de force son innocence à ma promise
Quand j’ai su que je n’aurai plus jamais avec elle d’heures exquises
Quand ces hommes, mais étaient-ce des hommes ?
Ces monstres de cruauté qui nous ont enlevèrent, nous enchaînèrent,
nous parquèrent comme des bêtes,
nous
embarquèrent de force à bord de l’un de ces navires sans escale
A destination de l’enfer
Un de ces négriers qui nous arrachèrent à notre terre mère d’Afrique
Un de ces négriers qui nous transportèrent vers l’Amérique
Vendu par mes frères, meurtri pas mes fers
Je suis mort pendant le voyage
Asphyxié par ma rage
Je suis mort à mon trop jeune âge
Dans l’odeur nauséabonde et putride de cette soute
Je suis mort sur la route
Et ils ont passé mon corps par-dessus bord
Pardon Seigneur, si je doute
Mais Dieu si tu existes, où étais-tu ?
A Auschwitz
Dans un camp
J’avais 20 ans
J’étais au matin de la vie
Mais j’étais juif
J’avais été dénoncé par des hommes sans honneur
Puis séparé des autres membres de ma famille
Je ne reverrai pas non plus ma douce Martha et sa petite fille
Des hommes nous avaient fait monter dans un train, entassés dans des wagons
Des hommes, mais étaient-ce des hommes ? nous avaient conduits en enfer
Notre origine leur posait problème, alors froidement ils planifièrent
Une solution finale
J’étais juif, mon seul tort
J’étais juif et j’en suis mort
De manière brutale
Etouffé par leur haine inhumaine
Asphyxié par leur gaz
Je suis mort
Dans cette chambre
Dans le doute
Jahvé si tu existes, où étais-tu ?
Dans un quartier de Kigali
Meurtrière peuvent être la folie
Et la jalousie des hommes
N’est-ce pas ainsi qu’on les nomme ?
Chantant le même refrain
Tuer tuer tuer
Des petits monstres à visage humain
M’ont débusqué de ma cachette
Fait boire de l’acide
Avant de me finir à la machette
Parce que nous n’étions pas de la même ethnie
J’ai été la victime de leur barbarie
J’avais 15 ans, je n’étais qu’un mioche c’est moche
Eux aussi remarque
Des enfants…
Qui ne jouaient pas aux soldats mais en étaient
On dit que les gosses sont cruels entre eux
Vrai, mais cela explique-t-il un génocide ?
Non, car les adultes sont pire encore
Et leur cruauté ferait frémir même un déjà mort
Comme Moi
Sanglante fut cette saison
Et je crois
Que si je n’y avais pas laissé ma peau
J’y aurais tout de même abandonné ma raison
Et ma foi
Car j’ai vu trop d’horreurs, beaucoup trop
Mais je suis mort au Rwanda
Coupe coupé
Et ils ont jeté mon corps découpé
A leurs chiens en pâture
Jésus Christ si tu existes, où étais-tu ?
Dans les flammes
Dans une prison de verre
Dans une tour d’enfer
Dans le centre commercial du monde
Je suis mort
Un automne à NEW YORK
J’étais allé travailler comme tous les matins depuis cinq ans
Je n’avais pas embrassé Mary Bell, je ne lui avais pas dit je t’aime
Comme tous les matins depuis qu’elle m’avait trahi avec le meilleur de mes amis
J’étais fier américain noir musulman et cocu
Tu parles d’un mélange à la con
Texte actuel
Je suis mort en direct
A 10h26 pétantes !
En pensant à Mary Bell
Dans la tour jumelle Nord de Babel
Brûlé au 360° degré cramé
A la suite d’un attentat perpétré
Par des fanatiques de ma religion
J’ai vécu selon les préceptes d’Allah
Je suis mort en son nom
Fichus kamikazes qui se shootent à l’intégrisme !
Allah je te parle, si tu existes,
où étais tu ?
A Bagdad
Par la volonté de Bush et Saddam
Mon premier a déclaré la guerre contre l’Irak
Mon second n’en avait rien à foutre du peuple d’Irak
J’étais un gosse de 14 ans, orphelin de père
Depuis la première guerre
Amorcée par les Etats-Unis du monde immonde
Je suis mort
Frappé de plein fouet
Par les armes de destruction massive des BOYS
D’entre les morts je me lève et confirme
Que leurs missiles sont d’une précision chirurgicale
Je suis mort infirme
Déchiqueté
Et des badauds ont enterré mes restes près du canal
J’étais tout ce qui restait à ma mère
Je suis mort je suis mort
Et elle en est morte elle en est morte
Je suis mort
Pour la France
Exécuté par le fils de ma mère
Mon frère
Militant du FLN
Sous l’emprise de la haine
Allergique au bleu blanc rouge
Le drapeau que moi j’avais choisi de servir
Tandis que lui, entré en résistance avait décidé de sévir
Contre l’armée française et ses collabos
Comme tous les autres harkis
Aux yeux des membres de ma famille repliée dans le maquis
Je n’étais qu’un traître
La honte faite homme à abattre
Les officiers nous avaient promis protection rapprochée
Mais quand j’ai appelé à l’aide, on m’a envoyé paître
Je suis mort
Dans une ruelle d’Alger
Abandonné par la France
Dans un petit village
Après un long voyage
A quelques kilomètres de New Delhi
Au pied d’un puits
J’étais un intouchable
Et les sous hommes de ma caste
N’avaient pas le droit d’y puiser la vie
Je suis mort
Dans une indifférence inacceptable
Parce j’avais osé tirer de l’eau de la fontaine d’un notable
Pour abreuver ma fillette déshydratée
Du coup ces hommes, mais étaient-ce des hommes ? m’avaient roué
De coups, traîné dans la boue et
Laissé pour mort près du corps inerte d’Indira
Ma chair mon sang
Bon sang ça faisait trop mal
Je me suis donné la mort
Tout près de mon enfant déjà mort
Loba Boudha Allah jahvé Dieu
Peu m’importe ton nom
Seigneur je te cause
Si tu existes, montres toi
Pardon d’être morbide
Moi-même j’en ai mal au bide
Mais je n’ai pas voulu leurs sales guerres propres
Ni aucune autre tragédie humaine (ou plutôt inhumaine) d’ailleurs
Mais il faut croire que c’est le propre de l’homme
D’être un loup pour l’homme
Mais sommes nous tous des hommes ???
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